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Magie hivernale au Québec

 

 

"La vie semble toujours plus belle quand on l'observe encadrée par les oreilles d'un cheval"

Si ce n'était quelques clins d'oeil de végétation tropicale ici et là, on pourrait bien se croire quelque part en Europe. Des collines verdoyantes et des champs bien cultivés, des forêts qui grimpent dans les sierras, des villages soignés aux maisons à l'élégance alpine, des habitants au teint clair. En hiver, le froid s'abat sur la montagne et il n'est pas rare qu'il neige. Les locaux surprennent : nous sommes en terre gaucho, bouviers cousins des argentins parlant une autre langue, mais vivant comme eux, portant les mêmes vêtements, buvant le même maté, partageant la même croyance religieuse.
Je vous propose de me suivre pour un voyage équestre dans un Brésil loin des clichés. Au pays des gauchos, des fazendas, des forêts d'araucarias et des pâturages peuplés de bétail…

Bienvenue dans l’Etat de Santa Catarina, mai 2022.
Paul, le guide local, nous accueille à l'aéroport de Florianopolis. Notre groupe de cavalier sera international, six français (dont moi, franco-uruguayenne), un anglais, une suisse, une sud-africaine, un brésilien.
Nous prenons la route en direction de la fazenda, la ferme. Assez vite nous commençons à voir les araucarias, ces grands sapins rugueux. J’avais adoré leurs cousins argentins, je serai totalement fascinée par ces immenses parasols qui s’étendent à perte de vue dans le paysage. Les collines sont couvertes de forêts et les clairières de pâturages parsèment les versants.

Nous faisons un arrêt la ville de Lages (ville historique très marquée par la culture gaucho), dans un magasin gaucho. Souvenirs, souvenirs…. Je me repense à mes nombreux voyages en Argentine. Chapeaux, ponchos, cuir, matés… On est clairement dans la même culture. Et nous nous équipons pour la semaine à venir.
Les trois régions du sud du Brésil, Santa Catarina, Rio Grande do Sul, Parana, régions presque sécessionnistes, sont le fief des gauchos. Nous sommes à la frontière de l'Argentine et de l'Uruguay, proches des pampas et de ses étendues d’herbe propice à l’élevage de bétail (et de moutons). Très très loin de l'image d'Epinal classique du Brésil avec ses plages, son carnaval et son football.

Un extraordinaire apéritif d'accueil nous attend. LA fameuse caipirinha. Bière, vin, et quantité de nourriture. A la sud-américaine, il y a à manger pour tout le village. Quoi que… les voisins sont venus. On a le maire, les frangins, les voisins. Il y a un monde fou. La région étant peu peuplée on ne rate pas une occasion de faire la fête chez les voisins. Toutes sortes de snacks ont été disposés, délicieux, on a envie de goûter à tout. Le souci, c'est quand le "vrai" dîner arrive, on n'a plus faim, mais la viande a l'air trop bonne pour ne pas y goûter. Ce sera un régal pendant toute la semaine que cette viande goûteuse, juteuse, tendre, grillée à point, elle se suffit à elle-même et ne nécessite aucun accompagnement.
Paul nous explique le programme de la semaine. Départ matinal quotidien. A midi, nous nous arrêtons dans une fazenda, le soir dans une autre où nous passerons la nuit. Le nombre de pièces disponibles dans les fazendas ne tient pas seulement aux touristes (même si certaines s'y tournent maintenant), mais tout simplement à l'isolement des lieux. Quand la famille ou des amis viennent, il faut pouvoir les héberger car ils ne pourront pas repartir le jour-même. Nous allons traverser une dizaine de ces fazendas. Leo et Maria, nos exceptionnels cuistots, nous suivent et s’occuperont des repas.

Le lendemain matin, en attendant le petit déjeuner, je passe à l'écurie qui jouxte la pièce principale. Des dizaines de filets, tapis, harnachements, selles sont accrochés aux murs. Rodrigo, l’un des gauchos qui nous accompagne, me tend le maté, "tu es uruguayenne, tu bois du maté". Pas sucré, parfumé, assez doux, un régal.
Les gauchos préparent les chevaux. Je les regarde faire. Tapis textile, tapis en cuir, la selle gaucho en cuir traditionnelle, un rectangle de cuir d'où pendent les deux sangles et les étriers, deux peaux de mouton et nouvelle sangle pour les tenir.

Avant le départ, nous nous arrêtons devant la petite chapelle. Les gauchos remercient la vierge Marie et lui demandent de nous protéger pendant la randonnée. La religion est très présente et une part importante de la vie du brésilien. Le pays reste profondément catholique.
Les paysages sont superbes, malheureusement couverts et le ciel gris. Nous emmenons des chevaux (et mules) de rechange, en liberté, qu'il faut donc un peu canaliser, surtout au début. Cela donne un petit air de convoyage à notre balade.
Le paysage est éblouissant. Les araucarias parsèment les collines. J'arrive à voir quelques pignes dans les arbres. Les "pommes de pin" de l'araucaria ont la taille d'un gros ballon de hand et peuvent faire entre 1 et 3 kgs (il vaut mieux ne pas s'en prendre une sur la tête). L'extérieur est vert, l'intérieur composé de centaines de pignons qui font entre 3 et 4 cm. C'est juste magnifique. Et délicieux. On les sert grillés, façon châtaignes, ou bouillis (heu… ben toujours façon châtaigne en fait). C'est la pleine saison, il y en a partout. Ils sont dégustés en snacks, mais aussi ajoutés aux plats comme ce midi dans le ragoût.
Nous sommes très loin de la balade/rando européenne. Bien sûr, il n'y a pas de chemin à suivre donc difficile d’imposer une piste. Ici pas de guide pour nous indiquer le chemin à suivre, où trotter, où galoper, chacun va à son rythme. Les chevaux vivent en troupeau donc il n'y a pas de souci de hiérarchie. Seuls les chevaux en liberté font parfois preuve d'un excès d'enthousiasme.
J'avais (presque) oublié le confort des selles gauchos. Bien calée, même si les pieds ne prennent pas trop d'appui, on est enfoncé dans les tapis. On peut trotter assis confortablement, galoper sans bouger. Un véritable fauteuil.
Nous arrivons vers 17h00 à la Fazenda Belle Vue, où le "goûter" nous attend. Chorizos grillés (les chorizos sud-américains, rien à voir avec le chorizo espagnol), avec de petits pains à l'ail tous chauds. L'écurie est accolée à une pièce où la parrilla (la grille destinée à la grillade) est posée au sol.
Nous nous retrouvons un peu plus tard dans la pièce principale de la maison. Tout le monde est installé dans les fauteuils à boire, discuter, écouter Rainero qui chante accompagné de sa guitare. Nos gauchos se joignent à lui. Luis Fernando, un autre des gauchos, non content d'avoir une jolie voix, connait toutes les paroles. Juruna récite quelques textes. Ces gauchos ont décidément tous les talents.

Après un petit déjeuner digne d’un palace avec pains et gâteaux maison, nous repartons pour une nouvelle journée. Nous arrivons à une nouvelle fazenda historique, en brique jaune. Nous restons dans la pièce accolée à l'écurie. Le feu brûle sous la la parrilla et les brochettes avec la viande grésillent. Sur le plateau de l’apéritif, une courge au four, une fois le chapeau retiré on se sert à la cuillère. Un délice. Salade de tomates, choux blanc, polenta, riz, feijoada, poulet. Vous avez dit copieux ?
Nous repartons après le déjeuner. En fin de parcours, nous devrons faire demi-tour quand une traversée de ruisseau s'avère impossible suite à une montée des eaux. Nous restons derrière Juruna, ce sera la seule fois où l'on nous demandera de nous suivre en ligne, pour des questions évidentes de sécurité ; le terrain est totalement détrempé, limite marécageux. Nous retrouvons une piste, traversons une fazenda et reprenons un autre chemin vers notre destination. Tous les chemins mènent à Rome c'est bien connu…. surtout quand il n'y a pas vraiment de chemin.
Nous avons retrouvé les araucarias. Ici, pas de plantations de sapins, mais il y a des champignons partout. Je ne m'attendais pas vraiment à en voir. La végétation est très surprenante. Les hivers peuvent être rudes, mais on voit sur les branches les broméliacées et autres épyphies, des mousses qui pendent des arbres, et aussi des buissons de pampa. C’est une vraie zone de transition entre le Brésil tropical (le bassin de l'Amazonie est tout de même bien plus au nord) et la pampa argentine. Le pays est tellement immense qu'il comporte plusieurs zones climatiques. On a un peu trop tendance à ne penser que plages et chaleur. Avec une superficie de 17 fois la France, on peut y caser tous les climats qu'on veut.

Au programme de la journée, visite des bêtes dans les pâtures et vérification des clôtures, travail classique du gaucho. Les grandes « opérations » de marquage ou vaccination sont terminées pour la saison. Mais le travail du gaucho n’est jamais terminé, il faut toujours s’assurer que le troupeau se porte bien.
Nous voilà partis. Petits trots et galops, nous suivons une piste mais nous écartons tout autour pour pousser les chevaux en liberté qui s’arrêtent brouter. Sapins, araucarias, eucalyptus, le mélange d'essences encore une fois fait bien peu brésilien. Trop vite nous arrivons à la fazenda suivante.
Les couleurs d'automne ici sont fabuleuses. Le ciel est dégagé, les platanes sont jaunes, les feuilles jonchent le sol. La propriété est super jolie, avec ici aussi une immense cheminée centrale où le feu brûle. Nous sommes à la fin de l’automne, il ne faut pas l’oublier.
Après le déjeuner, nous partons en balade, sans les chevaux en liberté, pour profiter des terrains autour de la fazenda et de la fazenda voisine (où un des gauchos va, par principe, demander l'autorisation d'aller chevaucher sur les terrains).
On s'amuse comme des petits fous, chouette rythme avec plein de galops. Arrêt pour une séance photo épique au-dessus d'une petite mare. Paul s'est mis au sol et nous a demandé de passer au galop. Puis de revenir pour la refaire une nouvelle fois, et une autre, et encore... Galoper comme des fous sur de l'eau ? Ben tiens, non on n'aime pas ça du tout.
Le paysage est parsemé de collines, les vaches et taureaux nous observent, nous les photographions. La lumière tourne et devient superbe. Et qui dit pluie (juste quelques gouttes) et soleil dit arc en ciel. Avec toute l'immensité du paysage autour de nous. Vision impossible en ville, l'arc en ciel complet, assez vite rejoint par un deuxième arc. Vision idyllique. Fin de balade avec des galops endiablés. Qui a dit qu'il ne fallait pas galoper en direction de l'écurie ? Comment redonner à des adultes responsables, et pas tous jeunes, leur âme d'enfant ? De grands espaces, des chevaux, de la liberté, un arc en ciel.
Le goûter nous attend ; ah ben oui, le "lanche" c'est important. Surtout quand on n'a pas mangé comme des voraces au dîner de la veille, au petit déjeuner et au déjeuner.

Juruna, le gaucho plus âgé, est pour moi le plus "authentique" du lot, peut-être en raison de son âge un peu plus avancé. Il a le visage buriné, on sent l'expérience, la force tranquille, une forme de sérénité. Il est à l’avant du groupe, et il est armé. Pas surprenant, simple mesure de sécurité et ce n'est pas la première fois que les gauchos/cowboys autour de moi sont armés. Mais j'adore ces prises de conscience. C'est vrai que c'est un autre monde, une autre époque quelque part. Une vie où les traditions séculaires ne sont pas seulement conservées, elles sont le quotidien et le présent. Et s'ils ont tous un smartphone, les tenues n'ont pas changé, la façon de travailler reste la même. Alors, oui, peut-être qu'effectivement on voyage un petit peu dans le temps aussi…

Au réveil, le ciel est magnifiquement bleu, et la température a un peu baissé. Nous voilà partis pour 4h30 de balade. Super ambiance et très bon rythme. Tout le monde est à l'aise, on est content, on s'amuse.
Nous nous arrêtons admirer une superbe cascade aux eaux gonflées. Autour, les mousses abondent sur les arbres. Un rocher permet d'aller se placer tout près de la chute, sous les flots d'eau. Nous sommes seuls dans cet endroit idyllique.
Nous arrivons à la fazenda suivante. Posée sur la colline, elle est juste exceptionnelle. Une petite chapelle conserve le souvenir d'un curé arrivé il y 130 ans à l'origine de la cathédrale de Lages et un mini musée expose tous les objets du quotidien conservés depuis les grands-parents, dans un capharnaüm rangeant côte à côte malles et machines à coudre, vieilles poêles et éperons. Dans la maison principale, les murs, les étagères regorgent d'objets donnant un air de magasin d'antiquités au lieu. De vieux sabres jouxtent les services en porcelaine, les vieilles clés rouillées les fourchettes en argent, des photos d'époque rappellent le passé familial.

Le propriétaire des lieux nous emmène ensuite en balade sur la propriété. Nous longeons de petits étangs, montons et descendons les innombrables collines. Jolie lumière de fin d'après-midi. Il porte le poncho traditionnel et le lasso sur son cheval. Ici pas de sapins mais des araucarias et de l'élevage traditionnel.
Coucher de soleil exceptionnel, les branches des araucarias forment de superbes dessins sur le ciel orangé. Une seule petite lumière très loin trahit la présence d'autres fermiers, mais à part elle il n'y a que nous par ici.
Comme on raccompagne ses invités à sa porte quand ils vous quittent, un peon, employé de la ferme, raccompagne les cavaliers jusqu'à la sortie de la propriété. Il aura passé plus de temps à préparer son cheval qu’avec nous en selle, mais le respect de ses hôtes exige qu’on ne les laisse pas partir seuls.

Nous empruntons le "Caminho das tropas", le sentier des troupeaux (voir encadré). Nous avons l'impression d'entrer dans l'histoire en essayant d'imaginer ce que pouvaient être ces convois de centaines d'animaux entre ces murs encore étonnement bien préservés.
Nous atteignons une nouvelle fazenda exceptionnelle à midi. Elle est magnifique, bordée d'un immense étang, entourée d'araucarias centenaires, de murs de pierre.
Puis nous voilà partis pour notre toute dernière étape. Nous suivons d'abord une longue piste bordée de sapins qui invite au galop, puis les collines ressurgissent avec leurs pâturages et les araucarias. Un surplomb nous offre un panorama à 360° sur le paysage. Pas une maison, pas un poteau, seuls d'innombrables nuances de verts, des prairies, des arbres, des arbustes. Ici notre monde quotidien habituel ne semble qu'un mirage, une vie irréelle. Ici, une autre dimension nous entoure, bien plus vivante et vibrante.
Retour à la fazenda du premier jour. Les gauchos ont déjà mis pied à terre et nous aident à descendre. J'annonce que je refuse de descendre de cheval… Je suis trop bien ici.

On nous presse vers la terrasse où nous attend l'apéritif, et les derniers embrasements du coucher du soleil. Les tons d'orangés, bleus, gris, violets se mêlent à l'horizon laissant peu à peu la place au bleu nuit. La Croix du Sud fait son apparition, sa forme de cerf-volant assez vite reconnaissable dès qu'on a pu l'identifier une première fois.
Ces voyages équestres sont une occasion exceptionnelle de partager et de découvrir, d’enseigner et d’apprendre. Culture d’un pays et de gens exceptionnels, découverte de sites inattendus et nouveaux amis. Je finirai sur ce dicton du grand-père de l’un de nos gauchos : « Aucun homme n’est si savant qu’il ne peut encore apprendre des choses ; aucun homme n’est si inculte qu’il ne peut enseigner à quelqu’un ». A méditer…

Le maté (chimarrão en brésilien), une institution
Très vite vous serez invité à partager le maté. Plus qu'une simple boisson chaude, le maté est une véritable institution.
Tradition empruntée aux indiens, le maté est une tisane. Dans un maté (le récipient, courge évidée et séchée), on verse la yerba (l'herbe à maté, récoltée dans le sud-ouest du pays, cette grande région humide partagée entre le Brésil, le Paraguay, l'Argentine et l'Uruguay – les plus gros consommateurs de maté du continent) puis de l'eau chaude et l'on aspire à l'aide de la bombilla (paille métallique – ou en argent – dont le bout aplati forme un filtre).
Le "cebador" prépare le maté puis le fait tourner : chaque personne boit l'intégralité du liquide, rend le maté au cebador qui remet de l'eau chaude et le passe à une autre personne. Dans les quelques règles d'usage à connaître : on ne coupe pas le tour de quelqu'un, on ne souffle pas dans la bombilla et on ne dit merci que lorsqu'on ne veut plus de maté (dans certaines régions il est poli d’accepter trois matés avant de décliner – en tant que touriste on vous épargnera si vous faites la grimace). Le maté a de nombreuses vertus dont celles de maintenir éveillé, couper la faim, combattre les toxines... Mais le maté est avant tout un moment de partage (le même maté pour tous), d'amitié (le plaisir d'être ensemble), d'écoute (celui qui boit écoute celui qui parle et vice-versa), de respect (chacun son tour), l'occasion, au moins une fois par jour, de dire merci. En bref, une vraie leçon de vie.
Et pendant l'épidémie de covid me direz-vous ? Un petit coup de briquet (ou de flamme) sur la bombilla et le tour est joué. On ne va tout de même par permettre à un satané petit virus de mettre fin à des siècles d'habitudes.

La selle gaucho… est aussi un lit
La selle gaucho (apeiro) répond à un double impératif : selle et lit. Le gaucho partait souvent pendant de longues périodes, quoi de plus simple que de porter son lit sur son cheval ? La conception dès lors est fort simple : un premier tapis pour assécher la transpiration du cheval, une ou plusieurs couvertures (ou un tapis en feutre), un grand cuir puis une armature en cuir avec des boudins de part et d’autre d’où pendent les étriers, une première sangle, souvent doublée au Brésil, puis un amoncellement de peaux recouvertes d’une peau en cuir fin (pour les plus riches de capybara) retenues par une deuxième sangle.
Tout ceci est donc ensuite utilisé pour un lit confortable : l’herbe de la pampa et les couvertures font un matelas, le premier cuir les recouvre pour préserver le corps de l’humidité du sol. Les peaux sont utilisées comme couvertures, le poncho permettra de se couvrir la tête afin de n’être pas incommodé par la rosée du matin. Le vent dans les herbes chantera une berceuse et les étoiles brilleront dans un ciel de lit inégalable de beauté.


Le "Caminho (ou Corredor) das tropas"
Au 18ème siècle l'économie coloniale se développe au Brésil. A Minas Gerais la découverte de mines accroît le besoin d'approvisionnement en vivres et animaux de bat. Au 17ème siècle les jésuites avaient développé l'élevage dans le nord de l'Argentine et actuel Paraguay. C'est à Potosi que l'on trouvait la plus grande concentration de mules, seuls animaux suffisamment robustes pour parcourir les longues distances et porter de lourdes charges.
C'est ainsi que se met en route le transport de trains de mules, depuis Potosi jusqu'à Minas Gerais. Des convois de plusieurs milliers de mules partaient pour plusieurs mois.
Afin de protéger les terres traversées, un sentier fut peu à peu mis en place, d'environ 4 mètres de large, bordé d'un muret de pierres sèches. Un travail exténuant, plus de 3000 kilomètres de piste (donc 6000 km de murs…), effectué par les esclaves.
Les groupes d'animaux réunis à cet effet étaient appelés "tropas" et leurs conducteurs, "tropeiros". Le caminho (chemin, route) des tropeiros était né [ou "corredor" (couloir)].
Tous les 45 kilomètres environ, les troupes devaient s'arrêter pour se reposer. Au départ, les haltes se déroulaient sous les arbres ou au bord des rivières, en plein air. Chacun participait à la préparation du camp. Les lits étaient les « apeiros » (les selles, voir encart). La base de la nourriture se composait d'haricots, de riz et de viande séchée, base de la cuisine brésilienne encore aujourd'hui. Tout le monde se réunissait au coin du feu, en buvant le café tropeiro, et racontait des histoires.
Ces arrêts, parfois longs, quand il fallait attendre l'arrêt des pluies et la baisse du niveau des rivières, ont nécessité des nuitées et de la nourriture pour les bouviers, ainsi que des pâturages pour nourrir les animaux. C'est ainsi que sont nées les premières petites villes, provoquant l'installation de familles vouées à la culture et au commerce pour répondre aux besoins des voyageurs. Le cycle muletier a ainsi consolidé le cycle de l'or et l'émergence d'une nouvelle couche sociale avec les métiers de forgeron, sellier, ferblantier, dompteur, tresseur, et autres métiers indispensables à la poursuite des activités.
Certains de ces pôles sont devenus de grandes villes. Et certains tronçons de ces pistes ont été utilisés et convertis en autoroutes (c'est le cas notamment de la section Sao Paulo-Parana). A noter que le tropeirismo, commencé donc au Brésil au 18ème siècle, a duré jusqu'au 20ème, jusque dans les années 60 quand les camionneurs ont peu à peu remplacé les tropeiros.
Le tropeirismo est toujours lié au mode de vie des gens de cette région du sud. À Santa Catarina, le 26 avril a été établi comme date hommage à ces héros en célébrant le Jour du Tropeirismo. A Rancho Queimado, la communauté de Taquaras a érigé le premier monument du pays valorisant la force de ces aventuriers, le Monument au Tropeiro.


Susana Gonzalez, 2022